Derrière les murs du Centre d’observation et de réinsertion sociale des jeunes en difficulté de Cacavéli (CORSJDC), des garçons âgés de 11 à 17 ans tentent de reprendre pied après une rupture familiale, une situation de vulnérabilité ou un passage devant la justice. Ici, l’objectif n’est pas seulement de les héberger. Il consiste aussi à leur redonner des repères, des compétences et une perspective de retour dans la société.
Le parcours d’Akizou, 17 ans, illustre cette approche. Après la mort de son père et le départ de sa mère, le jeune garçon a connu plusieurs ruptures avant d’être envoyé à Lomé pour apprendre la peinture en bâtiment. En 2023, après avoir commis un vol de câbles électriques, il est placé au Centre d’accès au droit et à la justice pour enfants, puis orienté vers le CORSJDC sur décision du tribunal pour enfants. Son passage par le centre lui permet notamment de découvrir le jardinage et la soudure. L’expérience devient pour lui une occasion de reconstruire un projet professionnel.
Ce type de trajectoire résume la vocation du centre. Les jeunes accueillis ne sont pas considérés uniquement sous l’angle de la faute ou de la vulnérabilité. L’accompagnement cherche à agir sur les causes de leur fragilité et à préparer leur retour dans leur famille ou leur communauté. L’éducation, le suivi social et l’apprentissage professionnel constituent ainsi les principaux leviers de cette réinsertion.
Le choix de la formation pratique répond à une réalité concrète. Pour un adolescent éloigné de l’école ou sans qualification, apprendre un métier peut constituer une première base vers l’autonomie. À Cacavéli, les activités liées à la soudure, au jardinage et à d’autres savoir-faire donnent aux jeunes la possibilité de développer des compétences utilisables après leur sortie.
Cette orientation rejoint les efforts engagés par le Togo en matière de justice adaptée aux mineurs. Selon les données publiées par l’UNICEF, la proportion d’enfants en conflit avec la loi bénéficiant d’une mesure de déjudiciarisation ou d’une mesure non privative de liberté est passée de 25 % en 2021 à 57 % en 2022. En 2022, 501 enfants en conflit avec la loi ont également bénéficié d’une assistance judiciaire, de mesures alternatives à la détention ou d’un accompagnement à la réinsertion.
Le dispositif reste toutefois confronté à des contraintes matérielles. Un rapport du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) relevait en 2023 que le CORSJDC, centre public, disposait d’une capacité d’accueil de 40 enfants et rencontrait des difficultés liées notamment aux ressources financières et aux infrastructures. Le même rapport indiquait que Lomé ne comptait alors que deux structures accueillant les enfants orientés depuis le Centre d’accès au droit et à la justice pour enfants (CADJE).
Ces limites donnent une portée particulière aux efforts engagés pour renforcer les structures de réinsertion. Le ministère de la Justice et des Droits humains avait déjà identifié, lors de la mise en place du Centre d’accès au droit et à la justice pour enfants de Cacavéli, la nécessité de disposer de cadres adaptés à la rééducation et à la réinsertion des mineurs. Le dispositif devait notamment rapprocher l’accompagnement judiciaire, l’éducation et la formation professionnelle.
Le fonctionnement du CORSJDC bénéficie aussi d’un soutien extérieur. L’UNICEF accompagne notamment le gouvernement togolais dans les programmes de protection et de réinsertion des enfants en contact avec la justice. Le budget de l’État pour 2026 prévoit par ailleurs une ligne dédiée au Centre d’observation et de réinsertion sociale des jeunes en difficulté de Cacavéli, dotée de 75 millions de francs CFA en crédits de paiement.
L’enjeu dépasse donc le seul séjour des adolescents dans le centre. Une réinsertion réussie dépend aussi de ce qui se passe après leur départ, de la capacité des familles à les accueillir, de l’accès à un apprentissage ou à un emploi et du suivi social nécessaire pour éviter une nouvelle rupture.
À Cacavéli, la formation constitue ainsi un outil parmi d’autres dans un parcours qui mêle protection, éducation et justice. Pour les jeunes qui y sont orientés, apprendre à souder, cultiver ou exercer un autre métier ne règle pas à lui seul les difficultés qui ont conduit à leur placement. Mais ces compétences peuvent fournir un point d’appui concret pour reconstruire une trajectoire et préparer un retour durable dans la société.
