La proposition togolaise visant à promouvoir une représentation plus fidèle des superficies continentales a reçu un soutien massif de l’Assemblée générale des Nations unies. Défendue le 4 septembre par le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, l’initiative « Correct the Map » place la représentation de l’Afrique au cœur d’un débat désormais porté au niveau multilatéral.
Le projet de résolution A/80/L.104, présenté par le Togo au nom du Groupe africain, figurait à l’ordre du jour de la 114ᵉ séance plénière. Les 55 États membres de l’Union africaine soutiennent la démarche portée diplomatiquement par Lomé.

Devant les délégations, Robert Dussey a donné à la question une portée scientifique, intellectuelle et symbolique. « Corriger la carte, c’est rappeler que chaque région du monde compte, que chaque peuple mérite d’être vu à sa juste place », a-t-il déclaré. Pour le ministre, la manière de représenter les continents participe aussi à la façon dont le savoir est produit, transmis et perçu.
La démarche vise principalement les distorsions liées à certaines projections cartographiques, notamment celle de Mercator. Conçue au XVIᵉ siècle pour la navigation, celle-ci agrandit progressivement les surfaces à mesure que l’on se rapproche des pôles. L’Afrique apparaît ainsi visuellement moins étendue qu’elle ne l’est réellement par rapport aux territoires situés aux hautes latitudes.
Le Togo ne demande pas l’interdiction de la projection de Mercator. L’initiative encourage plutôt le recours à des projections équivalentes lorsque l’objectif est de comparer les superficies. « Equal Earth », développée en 2018, fait partie des représentations susceptibles de répondre à cet objectif.

L’Union africaine avait déjà apporté son soutien politique à cette démarche. Elle considère que les distorsions cartographiques peuvent influencer la perception du poids territorial de l’Afrique et a salué le rôle du Togo dans le portage de cette question auprès des Nations unies.
Robert Dussey a également établi un parallèle avec les discussions sur la réforme du système multilatéral. « Nous affirmons souvent que les Nations unies doivent refléter le monde tel qu’il est », a-t-il rappelé, avant d’ajouter que les cartes devraient elles aussi répondre à cette exigence.
Le débat ne signifie pas qu’une projection puisse devenir la représentation parfaite de la Terre. Une surface sphérique ne peut être reproduite sur un plan sans déformation. Les différentes projections font donc des choix entre superficies, formes, distances ou directions. L’enjeu défendu par le Togo porte surtout sur le choix de la représentation utilisée lorsqu’il s’agit de comparer les dimensions des continents.

Après l’adoption du texte, le chef de la diplomatie togolaise a salué une décision qu’il présente comme une avancée pour l’Afrique. « Cette décision ne concerne pas seulement la cartographie. Il s’agit de justice, de dignité, d’égalité et de la manière dont nous représentons notre monde », a-t-il écrit.
Au nom du président Faure Essozimna Gnassingbé, Robert Dussey a remercié les États ayant soutenu l’initiative, qu’il a qualifiée de « victoire pour l’Afrique », mais aussi pour ceux qui défendent une représentation plus équitable du monde.
« La carte change. Notre perspective change », a conclu le ministre. La suite du processus devra désormais déterminer comment cette résolution pourra se traduire dans les usages cartographiques, notamment dans l’éducation, les institutions internationales et les outils numériques.
