Pendant que certains partis d’opposition s’organisent déjà pour dénoncer un dialogue qu’ils n’ont pas encore vu, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) choisit une autre posture. Son président Robert Yao Daté dans un entretien accordé à nos confrères de Republicoftogo refuse catégoriquement de condamner des discussions qui n’ont pas encore eu lieu. Pour lui, juger avant d’entendre relève du procès d’intention, pas de la politique responsable.
La position du CAR se distingue nettement du climat ambiant. Plusieurs formations politiques de l’opposition ont déjà qualifié l’éventuel dialogue de « simulacre » avant même que le gouvernement n’ait posé la première chaise. Daté balaie cette logique d’un revers de main. « Si le gouvernement ouvre de nouvelles discussions, nous irons, nous écouterons ce qui sera dit et formulerons nos propres propositions. Si cela ne donne pas de résultats, nous en tirerons les conclusions nécessaires et en informerons le peuple », déclare-t-il fermement.
Cette différence de méthode révèle une fracture de fond au sein de l’opposition togolaise. Certains partis font du rejet préventif une stratégie de communication. Le CAR, lui, fait de la participation conditionnelle un principe politique. Ces 2 approches ne sont pas interchangeables. Elles traduisent des conceptions différentes du rôle d’un parti d’opposition dans une démocratie en construction.
L’argument souvent avancé de la fatigue du dialogue ne convainc pas davantage le président du CAR. Il retourne la question à ceux qui la soulèvent. « Maintes fois, nous avons demandé que l’on nous en présente d’autres alternatives, mais personne n’y parvient », observe-t-il. Il cible ensuite une revendication phare de l’opposition radicale. « Même un retour à la Constitution de 1992, comme certains le réclament, ne se fera pas par un coup de baguette magique, mais bien autour d’une table de discussion. » Ce raisonnement démontre que le dialogue n’est pas une option parmi d’autres mais la condition préalable à toute transformation politique.
Daté résume sa philosophie avec une image parlante tirée du quotidien. « Si on nous invite, nous irons voir ce qu’il y a dans la marmite. Si cela ne nous plaît pas, nous ne mangerons pas, et nous reviendrons rendre compte aux populations. » Cette formulation place 3 éléments au cœur de la démarche politique du CAR. La disponibilité au dialogue d’abord. L’évaluation lucide du contenu ensuite. La transparence envers la base militante enfin.
Cette posture n’est pas nouvelle pour le CAR. Le parti fondé par Me Yawovi Agboyibo a construit son identité sur la culture du dialogue et la recherche de solutions négociées. Son président rappelle cet héritage à l’approche du 6e anniversaire de la disparition du fondateur, le 30 mai prochain. « Son héritage réside dans la lutte pour l’État de droit, la culture du dialogue et la construction du pluralisme démocratique », affirme Daté. Cette filiation idéologique explique en partie pourquoi le CAR résiste aux appels au boycott qui circulent dans certains cercles de l’opposition.
Le refus des procès d’intention ne signifie pas pour autant une confiance aveugle envers le gouvernement. Le CAR pose des conditions implicites à sa participation. Les discussions devront porter sur des sujets substantiels. Les propositions de l’opposition devront être entendues et considérées. Les résultats devront être mesurables et communicables aux populations. Sans ces garanties minimales, le parti se réserve le droit de quitter la table et d’en expliquer les raisons publiquement.
Cette rigueur méthodologique distingue le CAR des partis qui font du dialogue une fin en soi autant que de ceux qui en font un repoussoir systématique. Entre la participation naïve et le rejet dogmatique, le parti revendique une troisième voie fondée sur l’observation, l’évaluation et la responsabilité devant les citoyens.
