Le débat sur l’avenir du franc CFA a refait surface lors d’un colloque consacré aux relations internationales organisé par l’Institut La Boétie à Paris. Invité à intervenir, l’économiste togolais Kako Nubukpo a développé une analyse critique du fonctionnement de cette monnaie et de son lien avec la France, estimant que le dispositif actuel mérite d’être repensé.
Ancien ministre et spécialiste des questions monétaires, Kako Nubukpo a établi un parallèle entre le mécanisme du franc CFA et la gouvernance de plusieurs États africains. Selon lui, la garantie apportée par la France au franc CFA contribue au maintien de certains régimes politiques.
« Le drame du franc CFA, c’est l’assurance tous risques que la France donne aux dirigeants africains, en contrepartie de leur mauvaise gouvernance. Je n’ai jamais vu un assureur qui applaudit quelqu’un qui fait des accidents tout le temps et il continue de l’assurer », a-t-il déclaré.
L’économiste a également évoqué les interrogations exprimées par une partie de la jeunesse africaine sur la pérennité de cette garantie. « C’est une question qui reviendra et que les Africains ne vont pas lâcher. Ce sera non négociable. Pour nous, c’est le dernier avatar de la colonisation française en Afrique », a-t-il affirmé.
Au cours de son intervention, Kako Nubukpo a soutenu que le régime de change fixe entre le franc CFA et l’euro, associé à la garantie de convertibilité et à la liberté de circulation des capitaux au sein de la zone franc, procure des avantages à certaines catégories d’acteurs économiques. Selon lui, cette configuration favorise aussi des importations qui pourraient, dans plusieurs cas, être remplacées par une production locale.
L’universitaire a rappelé que la stabilité de la monnaie repose sur les réserves de change constituées grâce aux recettes d’exportation, notamment celles issues du café, du cacao et du coton. « Ces réserves viennent du travail de nos agriculteurs. C’est grâce à ces devises que nous arrivons à défendre le taux de change entre le franc CFA et l’euro », a-t-il expliqué.
Pour Kako Nubukpo, ces ressources pourraient davantage contribuer au développement des territoires, notamment par le financement d’infrastructures de proximité, de services de santé, d’établissements scolaires, de réseaux d’eau potable et d’électricité dans les zones rurales.
Le franc CFA est aujourd’hui utilisé par quatorze pays africains répartis entre l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Depuis la réforme annoncée en 2019, les États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ne sont plus tenus de déposer une partie de leurs réserves de change auprès du Trésor français. En revanche, la garantie de convertibilité assurée par la France demeure en vigueur, tandis que le projet de monnaie régionale Eco de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) reste en préparation.
