Le Togo se prépare à ajuster la mesure de son économie. En présidant la 13ème session du Conseil national de la statistique (CNS) le 30 juin, la ministre Dr Ablamba Ahoéfavi Johnson, secrétaire générale de la Présidence du Conseil, a confirmé qu’un rebasage des comptes nationaux interviendrait avant la fin de l’année. L’opération actualisera l’année de base du calcul du produit intérieur brut (PIB) et intègrera les activités aujourd’hui insuffisamment captées.
« Il n’y a pas de gouvernance crédible sans données fiables », a déclaré la ministre, insistant sur la nécessité de statistiques actualisées et de qualité pour piloter la Feuille de route gouvernementale 2026-2031. L’ambition reste de doubler le niveau de vie réel des Togolais à l’horizon 2040.
Cette opération n’est pas nouvelle pour le Togo. En 2020, le pays avait déjà rebasé ses comptes, migrant du Système de comptabilité nationale (SCN) 1993 au SCN 2008 et adoptant 2016 comme année de référence, en remplacement de 2007. Le PIB avait alors bondi de 2618,1 à 3597,8 milliards de francs CFA, soit une réévaluation de 37,4 %. Le dernier Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5), réalisé fin 2022, servira de socle à la nouvelle opération.
Les standards des Nations unies recommandent d’actualiser l’année de base tous les cinq ans afin que les comptes suivent les transformations de l’économie. Avec une base remontant à 2016, le Togo avait pris du retard. Le rebasage permettra d’intégrer l’expansion du secteur informel, très dynamique dans l’économie togolaise, ainsi que les activités émergentes demeurées invisibles dans les chiffres antérieurs.
La sous-région connaît une vague similaire. Le Bénin vient lui aussi de réévaluer son PIB en juin 2026, portant sa mesure de 2023 à 14 020 milliards de francs CFA, soit une augmentation de 25,2 %. En Afrique de l’Ouest, les huit États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont tous procédé à au moins un rebasage au cours de la décennie. Le Nigeria, géante économique du continent, a rebasé deux fois en dix ans, en 2014 et à nouveau en 2025.
Ces ajustements ne sont jamais neutres. Lors du rebasage togolais de 2020, le taux d’endettement avait chuté de 68,3 % à 51,9 % du PIB pour l’année 2019, tandis que le déficit rapporté à la production s’était réduit. Des effets similaires ont joué au Bénin, où le PIB de 2015 avait été réévalué de 36,4 %, au Niger de 33,3 % et au Sénégal de 29,6 %. Cette rénovation a partout amélioré les indicateurs budgétaires en réduisant les ratios de déficit et d’endettement.
L’annonce intervient juste après un autre basculement statistique. Le 1er juillet, la Banque mondiale a fait entrer le Togo dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, seule économie mondiale à franchir ce seuil cette année.
Ce resserrement reflète une consolidation réelle des finances publiques plutôt qu’un changement d’année de base, soulignent les autorités togolaises.
