Réuni en Conseil des ministres ce mercredi 8 juillet sous la présidence du Président du Conseil, Faure Éssozimna Gnassingbé, le gouvernement a adopté, le projet de loi portant création de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Cette institution nouvelle enclenchera un mécanisme de mobilisation des ressources internes jusqu’alors inexploité.
La CDC aura pour responsabilités essentielles d’assurer la collecte et la conservation des fonds publics et privés confiés à sa garde. Elle recevra les consignations administratives et judiciaires, les cautionnements et autres dépôts réglementés. Plutôt que de laisser ces capitaux dormir, elle les orientera vers des placements financiers adaptés, conjuguant sécurité et profitabilité.
Ce qui distingue cette approche, c’est l’orientation des ressources mobilisées. Une fois stabilisées, elles alimenteront le financement à long terme des projets structurants. Infrastructures de transport, systèmes énergétiques, installations sanitaires et autres investissements publics constitueront les cibles prioritaires, en harmonie avec les objectifs de développement tracés par le gouvernement.
La conjoncture mondiale explique ce choix stratégique. Les ressources financières mondiales se font plus rares, les marchés de capitaux subissent des tensions accrues, et les économies africaines doivent renforcer leur autonomie. Dans ce contexte, le gouvernement togolais opte pour l’autosuffisance financière, un levier que peu de pays de la région ont activé jusqu’à présent.
Le modèle n’est pas neuf sur le continent africain. Plusieurs États ouest-africains et d’autres nations africaines exploitent déjà le potentiel des Caisses de dépôt. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin et le Gabon font fonctionner des institutions comparables depuis plusieurs années. Ces expériences voisines offrent des références et des enseignements que le Togo pourra intégrer dans la phase de mise en œuvre.
Les chiffres du financement de développement en Afrique subsaharienne éclairent l’enjeu. Le déficit annuel de financement pour atteindre les objectifs de développement durable s’élève à environ 1 600 milliards de dollars d’ici 2030. L’aide publique au développement stagne, les investisseurs étrangers hésitent, et les flux privés restent limités. Dès lors, mobiliser l’épargne domestique et les fonds dormants devient impératif.
Le Togo dispose d’atouts pour réussir. Son secteur bancaire fonctionne, son accès à la monnaie régionale commune facilite les transactions, et ses institutions judiciaires pourront garantir la traçabilité des dépôts. Le port de Lomé, l’une des infrastructures principales de la sous-région, génère des revenus susceptibles d’alimenter les caisses publiques.
À terme, cette CDC transformera les accumulations passives en locomotives de croissance. Les petites et moyennes entreprises, qui créent l’essentiel des emplois en Afrique, pourront accéder à des financements à moyen et long termes qu’elles peinent actuellement à obtenir. Les collectivités territoriales bénéficieront de ressources pour moderniser leurs services. L’État lui-même réduira sa dépendance aux emprunts externes, souvent assortis de conditions restrictives.
Cette création intervient au moment où le gouvernement togolais intensifie ses efforts pour améliorer l’environnement des affaires et attirer les investisseurs. Une institution de financement publique fiable envoie un signal de stabilité et de vision à long terme, des qualités que recherchent les entrepreneurs et les bailleurs de fonds internationaux.
