Réduire les nouvelles infections plutôt que seulement mieux traiter celles qui existent. C’est le déplacement progressif de la stratégie togolaise face au VIH. Les résultats enregistrés en 2025 montrent une mobilisation accrue autour du dépistage, de la sensibilisation et de la prévention de la transmission mère-enfant. Mais ils révèlent aussi les écarts qui restent à combler avant 2030.
Plus de 2,36 millions de personnes ont été touchées par les campagnes de sensibilisation au VIH en 2025. Les jeunes de 15 à 24 ans en représentaient plus de 1,33 million, soit 56,4 % du total. Les femmes âgées de 15 à 49 ans comptaient pour près de 492 000 personnes, tandis que la population générale représentait plus de 458 000 bénéficiaires.
Ces chiffres traduisent un choix clair. La prévention cherche désormais à atteindre les publics avant leur exposition au risque, avec une attention particulière portée aux jeunes. La période de l’adolescence et du début de l’âge adulte constitue en effet un moment déterminant pour l’acquisition des connaissances et des comportements liés à la santé sexuelle.
Le dépistage constitue l’autre pilier de cette stratégie. En 2025, 650 142 personnes ont effectué un test de dépistage, contre 594 332 en 2024. Parmi elles, 10 174 ont été déclarées positives, soit un taux de séropositivité de 1,56 %. Derrière ces données se trouve un enjeu essentiel, celui de l’identification précoce des personnes vivant avec le VIH afin de les orienter rapidement vers les soins.
Le dispositif reste toutefois confronté à la question du diagnostic tardif. Dépister davantage ne suffit pas si une partie des personnes infectées demeure éloignée des services de santé ou découvre son statut à un stade avancé. Le dépistage doit donc continuer à sortir du seul cadre médical pour devenir un service plus accessible et moins associé à la crainte du jugement.
Le recours au préservatif progresse lui aussi. Plus de 20,24 millions d’unités ont été distribuées en 2025, contre environ 16 millions en 2024. La population générale en a reçu 13,4 millions, les jeunes près de 2,75 millions et les populations particulièrement exposées se sont partagé le reste.
Le volume distribué reste pourtant inférieur aux besoins estimés. Les besoins nationaux étaient évalués à plus de 37 millions d’unités. L’écart montre que l’augmentation des distributions ne règle pas encore la question de l’accès continu aux moyens de prévention.
La prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant constitue un autre indicateur de la capacité du système à intervenir au plus tôt. En 2025, 275 983 femmes enceintes ont été dépistées. Parmi celles vivant avec le VIH, 3 731 ont reçu un traitement antirétroviral.
La couverture thérapeutique dans ce groupe est passée de 86,51 % en 2024 à 90,65 % en 2025. Sur la même période, le taux de transmission du VIH de la mère à l’enfant est descendu de 13,44 % à 11,35 %. La progression de la couverture thérapeutique est donc accompagnée d’une baisse de la transmission, même si le niveau atteint reste encore supérieur aux standards recherchés pour parvenir à l’élimination de cette transmission.
Cette évolution intervient alors que le Togo prépare la prochaine phase de sa politique nationale. Le Plan stratégique national de lutte contre le VIH, le sida et les infections sexuellement transmissibles 2027-2030 a été validé en avril 2026. Il doit succéder au cadre 2023-2026 et place notamment la prévention ciblée, le dépistage, l’accès au traitement et la pérennité de la riposte parmi ses priorités.
Le changement concerne aussi les méthodes. Les outils numériques, les réseaux sociaux, l’autodépistage guidé et les dispositifs de conseil à distance doivent occuper une place plus importante dans les prochaines années. Pour une population jeune et de plus en plus connectée, l’enjeu consiste à rapprocher l’information des lieux où elle circule déjà, plutôt que de dépendre uniquement des campagnes traditionnelles.
La question financière pèsera cependant sur cette trajectoire. Les données nationales font apparaître une mobilisation des ressources passée de 95 % en 2023 à 59 % en 2024, avant de remonter à 63 % en 2025. La continuité du financement devient donc un élément central de la capacité du pays à maintenir les services de prévention, de dépistage et de traitement.
Le Togo aborde ainsi la période 2027-2030 avec des acquis mesurables, mais aussi des écarts qui restent visibles. La hausse du dépistage, l’ampleur des campagnes de sensibilisation, la progression de la couverture thérapeutique chez les femmes enceintes et la baisse de la transmission mère-enfant témoignent d’une riposte structurée. Le déficit de préservatifs, le dépistage tardif, les difficultés persistantes chez certains groupes et la dépendance aux financements disponibles rappellent toutefois que la réduction durable des nouvelles infections dépendra autant de la couverture des services que de leur continuité.
