La circulation des marchandises entre le littoral togolais et le Niger revient au centre des discussions entre opérateurs et autorités des deux pays. Une délégation nigérienne s’est rendue à la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) pour examiner les difficultés qui pèsent sur le transit et identifier des leviers susceptibles de réduire les délais et les coûts du transport.
Conduite par Mahaman Sani Moussa, secrétaire général adjoint du ministère des Transports et de l’Aviation civile du Niger, la délégation réunissait des représentants de l’administration, du Syndicat national des unités de transport ainsi que de la faîtière des transporteurs. Elle a été reçue par le lieutenant-colonel Idiola Sandah, administrateur général de l’Autorité de coordination de la PIA.

Les échanges ont porté sur les différentes séquences de l’acheminement des marchandises vers le Niger. Les participants ont notamment examiné les contraintes rencontrées par les transporteurs et les opérateurs de la chaîne logistique, avec un objectif précis, rendre le corridor plus prévisible et plus efficace pour les flux à destination de l’hinterland.
L’enjeu dépasse les relations bilatérales. Le corridor Lomé–Ouagadougou–Niamey constitue l’un des axes de desserte du Niger, pays dépourvu d’accès à la mer. Long de quelque 1 065 kilomètres entre les trois capitales, il concentre une part importante de l’activité économique des territoires qu’il traverse. La Banque mondiale avait estimé que le corridor représentait notamment 28 % du produit intérieur brut du Niger, 40 % de celui du Burkina Faso et 72 % de celui du Togo.
Pour le Niger, la diversification des accès maritimes constitue aussi un enjeu logistique. Le corridor Lomé–Niamey reste moins fréquenté que l’axe Cotonou–Niamey, mais il dispose d’un potentiel de développement. Des données de la Banque mondiale montrent que les flux de transit entre le Niger et le Togo avaient atteint près de 500 000 tonnes en 2013 avant de tomber sous les 200 000 tonnes en 2016. L’amélioration des infrastructures et des procédures pourrait toutefois accroître cette part.
Les transformations engagées sur le dispositif logistique togolais donnent un relief particulier aux discussions. La PIA, située à proximité de l’axe national qui relie Lomé au nord du pays, dispose d’un port sec destiné à rapprocher certaines opérations logistiques des zones industrielles et des transporteurs. En juin 2026, la Banque mondiale a également annoncé un programme destiné à renforcer la connectivité et la logistique au Togo, avec notamment la réhabilitation de la liaison ferroviaire entre le Port autonome de Lomé et la PIA afin de faciliter le transfert de conteneurs par rail.
Les besoins ne concernent toutefois pas uniquement les infrastructures. Les procédures douanières, les contrôles, les temps d’attente aux frontières et l’organisation du transport peuvent peser lourdement sur la compétitivité d’un corridor. Une étude de la Banque mondiale avait ainsi identifié les formalités et les conditions de franchissement des frontières parmi les principaux facteurs susceptibles d’allonger les délais sur les axes de transit vers l’hinterland.
La question revêt une importance accrue depuis la reconfiguration des itinéraires de transport dans la sous-région. En juin 2026, la Banque africaine de développement relevait que les contraintes sécuritaires dans l’ouest du Niger et l’est du Burkina Faso avaient conduit certains transporteurs à rechercher des itinéraires alternatifs vers les ports de Lomé et de Cotonou. Cette évolution exerce une pression supplémentaire sur certaines infrastructures routières et sur les postes frontaliers.
Le Togo et le Niger disposent donc d’un intérêt commun à améliorer la continuité du corridor. Pour les opérateurs nigériens, l’objectif est de disposer d’un accès maritime fiable et compétitif. Pour la plateforme togolaise, l’enjeu est de mieux connecter ses capacités industrielles et logistiques aux marchés de l’hinterland.
La rencontre de la PIA traduit ainsi une volonté de traiter les difficultés du corridor au plus près de ses utilisateurs. La fluidité du transport ne dépend pas d’un seul maillon. Elle repose sur la coordination entre ports, plateformes logistiques, administrations, transporteurs et postes frontaliers. C’est sur cette chaîne complète que les deux parties entendent désormais concentrer leurs efforts.
