La qualité ne se joue plus seulement au stade de la production. Pour les entreprises agroalimentaires togolaises, elle devient aussi une condition d’accès aux marchés régionaux et internationaux. Réunis depuis le 17 août 2026 à Lomé, les acteurs du secteur examinent 46 nouvelles normes et 31 programmes de certification destinés à mieux encadrer les produits, sécuriser les chaînes de valeur et faciliter leur commercialisation.
L’atelier est porté par la Haute Autorité de la Qualité et de l’Environnement (HAUQE), avec l’appui du Programme de Résilience du Système Alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP-Togo) et sous la conduite du ministère chargé de l’Agriculture. Les travaux, prévus sur deux jours à Lomé, doivent aussi se poursuivre les 20 et 21 août à Kara.
Le chantier intervient après plusieurs années de construction du dispositif normatif national. En 2025, l’Agence Togolaise de Normalisation (ATN) avait déjà validé 42 normes nationales destinées aux filières céréales, tubercules et légumineuses, viande et volaille, ainsi qu’à l’horticulture. Le processus avait débuté en 2024 avec l’appui du FSRP-Togo.
Les 46 normes désormais présentées aux opérateurs couvrent plusieurs produits prioritaires, dont le riz, la tomate, la carotte, le poisson et le paprika. Elles portent également sur les filières avicole et viande. Pour les œufs, les exigences concernent notamment l’hygiène, la conservation et la transformation. Dans le secteur de la viande, elles prennent en compte plusieurs espèces ainsi que les produits transformés. La maîtrise des risques sanitaires, notamment ceux liés à la salmonelle et à certains parasites, figure parmi les exigences examinées.
L’alimentation animale entre elle aussi dans ce dispositif. Les règles relatives à son hygiène visent à réduire les risques dès les premières étapes de la chaîne alimentaire, avant même que les produits ne parviennent au consommateur.
Pour Laré Arzouma Botre, président de la HAUQE, l’enjeu dépasse l’adoption de textes techniques. « La qualité n’est plus un choix, mais une exigence des consommateurs et des marchés », a-t-il déclaré à l’ouverture des travaux.
Cette exigence prend une dimension particulière avec l’élargissement des échanges africains. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre aux entreprises un marché potentiel considérable, mais elle accroît aussi la nécessité de répondre à des exigences communes en matière de sécurité, de qualité et de traçabilité. Le Togo travaille depuis plusieurs années à renforcer ces capacités. En 2024, le FSRP avait notamment soutenu une formation consacrée à la norme ISO 22000, à la méthode HACCP et aux techniques d’échantillonnage, afin de renforcer les compétences des acteurs intervenant dans la certification.
La certification constitue le second volet de cette démarche. Elle ne repose pas sur une simple déclaration de conformité de l’entreprise. La procédure comprend l’examen de la demande, un audit, l’analyse éventuelle d’échantillons et l’évaluation des résultats avant la décision de certification. Des contrôles sont ensuite réalisés afin de vérifier le maintien de la conformité. Le service public togolais indique que le certificat de conformité produit, processus ou service a une durée de validité de trois ans.
Le directeur général de l’ATN, Essot’na Héyou Bodjona, a précisé que les 46 normes élaborées depuis 2024 ont récemment été homologuées et publiées. Leur diffusion doit désormais permettre aux entreprises de mieux intégrer les exigences dans leurs procédés de production. Une réflexion pourrait ensuite porter sur la réglementation de certaines normes, notamment lorsque la santé, la sécurité ou la protection de l’environnement le justifient.
Le Comité Togolais d’Agrément (COTAG) intervient, pour sa part, sur le volet de la certification. Son directeur général, Koffivi Laroussan, a expliqué que l’objectif est de produire une preuve vérifiable de la conformité des produits, des procédés ou des systèmes de management aux normes applicables. Pour les entreprises, cette reconnaissance peut faciliter les relations avec les acheteurs et renforcer la confiance dans leurs produits.
Le Togo dispose désormais d’un environnement plus structuré pour accompagner cette évolution. Le Laboratoire national de sécurité sanitaire et phytosanitaire des aliments (LaNSA), inauguré en avril 2026, complète le dispositif avec des capacités d’analyse en physico-chimie, microbiologie et valorisation. Son accréditation obtenue en 2023 avait déjà confirmé la fiabilité de ses analyses selon des standards reconnus.
Reste désormais l’enjeu de l’appropriation par les entreprises, en particulier les petites unités de transformation. Pour elles, la conformité suppose souvent des investissements dans l’hygiène, les équipements, le conditionnement, la traçabilité ou le contrôle des matières premières. La certification peut donc devenir un levier commercial, mais aussi représenter un coût et une exigence organisationnelle que les structures les plus modestes doivent intégrer.
Avec la diffusion des nouvelles normes et des programmes de certification, le chantier togolais entre ainsi dans une phase plus opérationnelle. L’objectif n’est plus seulement de disposer de référentiels, mais de faire en sorte que les producteurs et transformateurs puissent les utiliser pour sécuriser leurs produits, répondre aux exigences des acheteurs et accéder à des marchés où la conformité constitue souvent la première condition d’entrée.
