Le commerce du pagne togolais change de visage. Longtemps porté par les « Nana-Benz », qui avaient fait de Lomé l’un des pôles commerciaux de référence pour les tissus en Afrique de l’Ouest, le secteur doit désormais composer avec une génération de commerçantes et d’importateurs confrontés à des contraintes nouvelles. Fiscalité, concurrence, accès aux espaces commerciaux et financement figurent parmi les difficultés qui alimentent aujourd’hui les demandes de réorganisation de la filière.
L’évolution du secteur était au cœur des échanges, mercredi 9 septembre 2026 à Lomé, entre l’Association de Protection du Commerce de Pagnes HiTarget et Pagnes Similaires (APCPHPS) et la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCI-Togo). La rencontre a permis aux professionnels de présenter plusieurs difficultés qui affectent leur activité et de plaider pour un cadre commercial mieux structuré.
La question prend une résonance particulière dans une filière dont l’histoire est intimement liée à celle des femmes d’affaires de Lomé. Jusqu’aux années 1990, les Nana-Benz occupaient une place prépondérante dans l’importation et la commercialisation des pagnes. Leur influence reposait sur des réseaux commerciaux solides, une connaissance fine des marchés et une capacité à développer des échanges avec plusieurs pays de la région.
Ce modèle s’est progressivement érodé avec le renouvellement des générations et la transformation des pratiques commerciales. Les héritières de cette activité évoluent désormais dans un marché où les conditions d’exercice ne sont plus les mêmes. Les besoins de financement se sont accrus, tandis que les circuits d’importation et de distribution se sont diversifiés. La concurrence s’est également intensifiée.
C’est dans cet environnement que les importateurs réunis au sein de l’APCPHPS réclament une meilleure organisation du secteur. Ils évoquent notamment une concurrence qu’ils jugent déloyale, des incompréhensions lors des contrôles fiscaux ainsi que des difficultés d’accès aux espaces commerciaux. Pour ces opérateurs, ces contraintes compliquent la gestion quotidienne des activités et fragilisent davantage un marché déjà soumis à de profondes mutations.
La fiscalité constitue l’un des principaux sujets de préoccupation. L’association souhaite un dialogue plus étroit avec l’administration fiscale afin de clarifier les obligations applicables aux professionnels. La demande porte moins sur le principe du contrôle que sur la nécessité, selon les opérateurs, de disposer d’un cadre mieux compris et davantage adapté aux réalités du commerce des pagnes.
La concurrence figure également au centre des préoccupations. L’évolution des circuits d’approvisionnement a fait émerger de nouveaux acteurs et modifié les rapports de force dans le secteur. Pour les importateurs regroupés au sein de l’APCPHPS, l’établissement de règles plus lisibles permettrait de favoriser des conditions de compétition plus équilibrées.
Face à ces demandes, la CCI-Togo entend privilégier la concertation. L’institution consulaire prévoit l’organisation prochaine de forums sectoriels consacrés aux préoccupations exprimées par les professionnels. Ces rencontres devraient réunir les acteurs concernés afin d’établir un état des lieux, de confronter les difficultés rencontrées sur le terrain et d’examiner des pistes de réponse.
Le débat actuel révèle ainsi une transformation plus profonde du commerce du pagne. Le défi n’est plus seulement de préserver une activité associée à la mémoire économique de Lomé. Il consiste aussi à permettre à ses nouveaux acteurs de trouver leur place dans un marché devenu plus concurrentiel, avec des exigences différentes en matière de financement, de fiscalité, d’approvisionnement et d’accès aux espaces commerciaux.
L’histoire des Nana-Benz demeure une référence forte de l’entrepreneuriat féminin togolais. Mais la pérennité de cette filière dépend désormais de sa capacité à s’adapter aux réalités économiques contemporaines. La rencontre entre l’APCPHPS et la CCI-Togo ouvre, à ce titre, un espace de discussion sur les règles et les conditions nécessaires à cette transformation.
