Le droit des citoyens à l’accès aux médias publics demeure lettre morte depuis sept années. La ministre de la Communication et des médias intervient désormais pour restaurer un principe fondamental. L’information d’intérêt général ne saurait être livrée aux seules logiques du marché. Un redéploiement de l’autorité publique sur son domaine propre.
Toute société démocratique repose sur une architecture invisible mais décisive, la circulation de l’information. Non celle qui s’échange entre amis ou dans les marchés, mais celle qui émane des institutions publiques et qui constitue le ciment civique permettant à chacun de comprendre le monde commun qu’il habite. Cette information-là, que les démocraties appellent service public, n’appartient à personne. Elle appartient à tous.
Or, depuis plusieurs années, un phénomène s’est consolidé dans le paysage audiovisuel. Le service public audiovisuel, censé être le bien de tous, s’est progressivement transformé en bien marchand. Des distributeurs audiovisuels ont soustrait à leurs abonnés l’accès libre aux chaînes et radios publiques, les reléguant à des bouquets spécialisés ou les proposant contre rémunération supplémentaire. Une sorte de privatisation rampante de ce qui devrait demeurer libre.
Cette pratique contrevenait déjà à la loi. L’article 36 de la loi n° 2019-016 du 30 octobre 2019 énonce pourtant sans équivoque l’obligation pour les distributeurs audiovisuels de mettre gratuitement à la disposition de leurs abonnés les services des médias publics. Télévision Togolaise (TVT), Radio Lomé et Radio Kara ne sont pas des produits commerciaux à tarifier selon les règles du marché. Ils incarnent une responsabilité collective.
Pendant sept années, cette disposition est restée lettre morte. Le contraste entre ce que la loi prescrit et ce que la pratique tolère révèle une faille classique. Les opérateurs commerciaux se sont aventurés dans cette zone grise où l’infraction à la loi demeurait impunie. Ni surveillance, ni sanction, ni correction. La loi existait, mais ne gouvernait rien.
C’est cette démission que la ministre de la Communication et des médias, Yawa Kouigan, entend interrompre. Le 18 septembre 2026, elle adresse une circulaire aux distributeurs audiovisuels. Cette lettre n’est pas une requête. Elle est un commandement. Les opérateurs disposent de 30 jours pour se conformer à une obligation qu’ils auraient dû respecter depuis sept ans. Au terme de ce délai, chaque distributeur doit communiquer au ministère, via l’adresse secretariat.ministre@communication.gouv.tg, les mesures concrètes prises pour garantir l’accès gratuit aux trois services publics.
Avant le 30 octobre environ, l’inobservance pouvait passer pour une zone grise. Après ce délai, elle devient insubordination manifeste.
