D’ici la fin de la décennie, le paysage énergétique togolais devrait avoir changé de visage. Le pays vise près de 400 mégawatts-crête (MWc) de capacité solaire installée à l’horizon 2030, contre une production largement dominée aujourd’hui par les importations régionales. Ce cap a été rappelé par le Ministre délégué chargé de l’Énergie et des Ressources Minières, Robert Koffi Messan Eklo, à l’occasion d’un point détaillé sur l’état du secteur.

Plusieurs centrales solaires sont déjà en chantier ou à l’étude, à Sokodé, Awandjelo, Kpalimé et Nangbéto, aux côtés d’une extension de la centrale de Blitta. Celle de Dapaong, dotée d’une capacité de 25 MWc et d’un système de stockage par batteries de 36 mégawattheures (MWh), doit entrer en service avant la fin de l’année 2026. Le stockage occupe une place croissante dans cette stratégie, un choix technique qui permet de lisser la production solaire et de garantir une alimentation stable même en dehors des heures d’ensoleillement.
Le thermique n’est pas laissé de côté. Une centrale de 120 mégawatts (MW) est envisagée sur le site de Lomé, complétée par la réhabilitation d’une turbine à gaz de 20 MW appartenant à la Communauté Électrique du Bénin (CEB). Deux producteurs indépendants, ContourGlobal Togo et Kékéli Efficient Power, pourraient voir leurs capacités respectivement portées de 49,8 et 65 MW. Une centrale thermique de 500 MW figure également parmi les projets de long terme, conçue comme un filet de sécurité pour les périodes de forte demande.
Cette accélération répond à une réalité mesurable. La demande nationale atteint environ 360 MW aux heures de pointe, entre 17 heures et minuit, quand la production locale mobilisable plafonne à 180 MW. Le pays comble traditionnellement cet écart par des importations en provenance du Ghana et du Nigeria, jusqu’à 225 MW combinés en temps normal. Ces flux se sont récemment contractés, tombant à 20 MW côté ghanéen et 70 MW côté nigérian, une baisse liée aux propres difficultés de production de ces deux fournisseurs plutôt qu’à un problème togolais.
Face à cette dépendance, le gouvernement a engagé des mesures immédiates. Un premier groupe de 20 MW a rejoint le parc national en 2025, un second est en attente de mise en service, et des discussions se poursuivent avec les fournisseurs régionaux d’électricité et de gaz. Le ministère travaille en parallèle avec la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET) pour consolider les finances du secteur, un chantier jugé indispensable à la réussite des projets techniques.
« Nous savons que l’électricité n’est plus un simple service de confort, mais un facteur essentiel de développement économique, de cohésion sociale et de confiance dans l’action publique », a résumé le ministre Robert Koffi Messan Eklo.
Pris dans leur ensemble, ces différents chantiers dessinent un secteur en transition, où la production nationale doit progressivement prendre le pas sur la dépendance aux importations. Le calendrier reste ambitieux, avec plusieurs échéances fixées entre 2026 et 2030, mais il donne au pays une feuille de route claire pour réduire sa vulnérabilité face aux aléas régionaux et renforcer, sur la durée, la fiabilité de son alimentation électrique.
