À Londres, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a placé la question africaine au cœur des débats sur l’avenir de l’énergie nucléaire. À l’occasion du World Nuclear Symposium 2026, il a défendu une approche dans laquelle le continent ne serait plus cantonné à la fourniture de matières premières, mais appelé à participer pleinement aux chaînes de valeur, aux financements, à l’innovation et à la gouvernance de la nouvelle économie nucléaire.
Le message porté par le Président du Conseil intervient alors que l’industrie nucléaire connaît un regain d’intérêt à l’échelle internationale. Réunis du 9 au 11 septembre à Londres pour la 51e édition du World Nuclear Symposium, les acteurs du secteur débattent des conditions nécessaires à la relance d’une filière appelée à contribuer à la sécurité énergétique, à la décarbonation et à la croissance économique.

Le thème retenu cette année, « De l’ambition à l’action », traduit précisément cette évolution. Pour Faure Gnassingbé, le retour du nucléaire dans les stratégies énergétiques mondiales ne saurait toutefois se concevoir sans une réflexion spécifique sur la place de l’Afrique.
« Le thème du symposium de cette année, “De l’ambition à l’action”, traduit l’élan mondial en faveur du nucléaire et la reconnaissance renouvelée du rôle important que l’énergie nucléaire peut jouer dans le renforcement de la sécurité énergétique, la réduction des émissions et le soutien à la croissance économique », a-t-il déclaré.
Son intervention prend appui sur une dynamique engagée au niveau international depuis la COP28. En décembre 2023, plus d’une vingtaine de pays avaient souscrit à la déclaration appelant à tripler la capacité mondiale de production d’énergie nucléaire d’ici à 2050. L’objectif repose sur la reconnaissance du rôle que cette source d’énergie peut jouer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et dans la sécurisation des approvisionnements énergétiques.
Pour le Président du Conseil, cette transformation ouvre surtout une fenêtre stratégique pour le continent africain. « L’Afrique porte désormais une vision mûrie de son propre avenir énergétique », a-t-il affirmé, avant de projeter cette ambition vers la prochaine rencontre africaine consacrée au nucléaire, qui se tiendra à Lomé en 2027.
L’enjeu, selon lui, consiste à faire de la renaissance mondiale du nucléaire un levier également profitable aux économies africaines. « Nous avons l’occasion de veiller à ce que le prochain chapitre de la renaissance mondiale du nucléaire soit également un chapitre de l’industrialisation, de l’innovation et du développement de l’Afrique », a-t-il souligné.
Cette vision repose sur un changement de paradigme. L’Afrique dispose de ressources, de marchés en croissance et de besoins énergétiques considérables, mais doit encore consolider les compétences, les capacités réglementaires, les infrastructures et les mécanismes financiers nécessaires à l’émergence d’une véritable industrie nucléaire. Pour Faure Gnassingbé, le défi n’est donc plus seulement de défendre le principe d’un recours au nucléaire, mais de créer les conditions permettant aux pays africains d’en maîtriser progressivement les différentes composantes.
La question du financement occupe, à cet égard, une place déterminante dans son raisonnement. « L’Afrique n’a plus un problème d’ambition nucléaire. Elle a un problème de capital », résume-t-il. Cette lecture l’amène à appeler les banques multilatérales de développement, les fonds souverains et les investisseurs privés à intervenir plus en amont dans la préparation des projets.
L’approche défendue à Londres dépasse ainsi la seule construction de réacteurs. Elle englobe la formation des ressources humaines, la recherche, la réglementation, les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement et la capacité des économies africaines à capter une partie de la valeur créée par le développement du secteur.
Dans cette perspective, le rendez-vous de Lomé en 2027 revêt une portée particulière. Le Togo doit accueillir le Nuclear Energy Innovation Summit for Africa, après l’édition organisée à Kigali. Le Président du Conseil entend donner à cette rencontre une vocation résolument opérationnelle. « Lomé 2027 ne doit pas être une foire aux réacteurs. Il doit devenir une fabrique à projets », a-t-il déclaré.
Le choix des mots traduit une ambition précise. Il s’agit de faire de la capitale togolaise un espace de rencontre entre responsables politiques, autorités de régulation, investisseurs, experts, opérateurs et institutions financières, afin de faire émerger des projets susceptibles d’être effectivement financés et réalisés.
Pour le Togo, cette orientation s’appuie sur un dispositif institutionnel progressivement constitué. Le pays, membre de l’Agence internationale de l’énergie atomique depuis 2012, a adopté en 2020 un cadre législatif relatif à l’utilisation sûre, sécurisée et pacifique de l’énergie nucléaire. En janvier 2025, la création d’un Commissariat à l’énergie atomique est venue renforcer cette architecture, avec pour vocation de coordonner les programmes liés aux usages pacifiques du nucléaire, notamment dans la santé, l’agriculture, la recherche et l’énergie.
Cette mobilisation s’est également prolongée sur le plan international. Le Togo a obtenu un siège au Conseil des gouverneurs de l’AIEA pour la période 2025-2027. En février 2026, Lomé et l’agence onusienne ont par ailleurs conclu un Cadre de programmation pays couvrant la période 2026-2031. Le Parlement togolais a, de son côté, autorisé en juin 2026 l’adhésion du pays à quatre conventions internationales relatives à la sûreté nucléaire et à la sécurité radiologique.
À Londres, Faure Gnassingbé a enfin confirmé l’adhésion du Togo à la déclaration internationale visant à tripler l’énergie nucléaire d’ici à 2050, adoptée lors de la COP28. Un engagement qui inscrit la démarche togolaise dans le mouvement mondial de relance du nucléaire, tout en lui donnant une lecture africaine.
De Kigali à Londres, puis de Londres à Lomé, le Togo cherche ainsi à inscrire le débat nucléaire africain dans une perspective plus large que celle de l’accès à l’électricité. La question est désormais celle de la capacité du continent à prendre part à la conception, au financement, à la réglementation et à la valorisation économique de cette nouvelle phase de développement du nucléaire mondial.
Pour l’Afrique, le défi sera précisément de transformer son besoin énergétique en capacité industrielle et technologique. C’est sur ce terrain que Faure Gnassingbé entend placer le débat, en défendant l’idée que la prochaine expansion du nucléaire mondial doit aussi contribuer à l’émergence de nouvelles compétences, de nouveaux investissements et de nouvelles chaînes de valeur sur le continent.
