Le 15 octobre 2020, le Togo perdait l’une des grandes figures de sa vie institutionnelle. Six ans plus tard, son parcours continue d’inspirer le respect.
Il y a six ans, le 15 octobre 2020, s’éteignait Fambaré Ouattara Natchaba. Ancien président de l’Assemblée nationale du Togo de 2000 à 2005, professeur de droit et figure importante du Rassemblement du peuple togolais (RPT), il laissait derrière lui l’image d’un homme de culture juridique et de devoir, dont la trajectoire épouse plusieurs décennies de l’histoire politique du pays.
Le juriste avant le politique
Avant d’occuper l’un des plus hauts fauteuils de la République, Fambaré Ouattara Natchaba fut d’abord un homme de savoir. Professeur de droit, il appartenait à cette génération de cadres formés pour bâtir les institutions d’un jeune État indépendant. Sa connaissance des textes, son goût de la rigueur et sa maîtrise des mécanismes constitutionnels lui valurent, au fil des années, la confiance de ses pairs et une place durable au cœur de l’appareil d’État.
Cette formation de juriste a marqué sa manière d’exercer la vie publique ; le respect des procédures, l’attachement à la règle et le souci de la forme institutionnelle étaient chez lui plus qu’une habitude professionnelle, une véritable conviction.
Cinq années à la tête du Parlement
De 2000 à 2005, Fambaré Ouattara Natchaba préside l’Assemblée nationale, troisième personnage de l’État dans l’ordre institutionnel. Figure importante du RPT, il incarne alors le visage d’une institution qu’il s’efforce de faire fonctionner dans un contexte politique exigeant. Ses contemporains se souviennent d’un président de l’hémicycle sobre, courtois, soucieux de la dignité de la fonction.
Février 2005 : l’épreuve et la dignité
Son nom reste associé à l’un des moments les plus délicats de l’histoire contemporaine du Togo. En février 2005, la mort du président Gnassingbé Eyadéma ouvre une période d’incertitude. Selon la Constitution alors en vigueur, c’est au président de l’Assemblée nationale que revient l’intérim de la présidence de la République. Fambaré Ouattara Natchaba était donc, aux yeux du texte, l’homme désigné pour assurer la continuité de l’État. Mais étant hors du territoire, le choix avait été porté sur Faure Éssozimna Gnassingbé.
Ce que l’histoire retient aussi de Fambaré Ouattara Natchaba, c’est la retenue avec laquelle il traversa l’épreuve. Sans éclat ni surenchère, il demeura fidèle à son style, celui d’un homme d’institutions, attaché à la stabilité du pays et à la paix civile, à un moment où la tension pouvait basculer à tout instant.
Un héritage de réflexion
Le parcours de Fambaré Ouattara Natchaba continue de servir de repère pour comprendre la crise de succession de 2005 et les contradictions de l’histoire constitutionnelle togolaise. Pour les étudiants en droit, les enseignants et les observateurs, il offre une matière précieuse, celle d’un destin où se croisent le savoir, la loyauté, le droit et la raison d’État.
Natchaba, c’est toute une carrière au service du pays qui mérite d’être saluée : une vie consacrée à l’enseignement du droit, à la construction des institutions et à la représentation nationale.
Se souvenir pour construire
Ce 15 octobre, le Togo se souvient d’un fils du pays qui a servi l’État avec constance. Honorer sa mémoire, c’est aussi cultiver ce que son itinéraire enseigne ; l’importance du droit, la valeur des institutions et la nécessité de transmettre l’histoire aux jeunes générations, sans parti pris, avec lucidité et respect.
