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L’Afrique de l’Ouest intoxiquée par les "carburants sales" venus d’Europe

La « police environnementale » des Pays-Bas dénonce, dans un rapport publié le 9 juillet, le danger pour la santé des carburants hautement toxiques et cancérigènes livrés aux États d’Afrique de l’Ouest depuis les ports d’Amsterdam et de Rotterdam. L’Afrique de l’Ouest est intoxiquée par des carburants européens de mauvaise qualité. C’est la conclusion d’une enquête diligentée par l’Inspection pour l’environnement humain et les transports des Pays-Bas et rendue public le 9 juillet. « Les carburants produits à destination de l’Afrique de l’Ouest ne sont pas conformes aux standards européens. Les producteurs et traders de ces matières manquent de transparence sur la composition de leurs produits, de sorte que les utilisateurs, les autorités compétentes (…) ne peuvent pas prendre la mesure des risques encourus », souligne la police environnementale hollandaise. Le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou encore le Togo comptent aux rangs des pays destinataires de ce « carburant sale », stocké dans les ports néerlandais d’Amsterdam et de Rotterdam, avant d’être exporté vers l’Afrique. WB5274343-F24-FR-20180713 – Le rapport de l’Inspection pour l’environnement humain et les transports des Pays-Bas Le rapport ne nomme pas directement les sociétés coupables, mais il dresse un portrait précis de la filière qui exporte depuis les Pays-Bas, citant au passage des géants du courtage pétrolier tels que les suisses Vitol, Gunvor, l’anglo-suisse Glencore ou encore Trafigura, ainsi que de grandes compagnies pétrolières dont Total, Shell, BP, Lukoil, Exxon Mobil, et Petrobras. Des composants toxiques en trèshaute quantité L’ONG suisse Public Eye avait déjà tiré la sonnette d’alarme en 2016 dans un rapport émis à l’issue de trois années d’enquête. Le rapport hollandais recoupe les révélations de l’ONG suisse. Sur le terrain, les néerlandais ont découvert des carburants contenant 300 fois plus de souffre – et donc hautement toxique – que ce qui est autorisé en Europe. Les gasoils analysés contenaient aussi du manganèse, un composant interdit dans l’Union européenne, ou encore du benzène à un taux bien supérieur aux normes européennes. La police environnementale hollandaise rapporte également la présence de certains hydrocarbures (hydrocarbures aromatiques polycycliques) considérés comme des produits hautement cancérigènes et émettant des particules fines lorsqu’ils sont utilisés avec le diesel. Si les gasoils et diesels exportés vers l’Afrique de l’Ouest contiennent davantage de substances toxiques et cancérigènes que dans l’Union européenne, c’est parce que « les négociants en carburant profitent des standards moins stricts » dans ces pays importateurs, incriminent les enquêteurs. Vers une interdiction de l’import-export des « carburants sales » ? Les Pays-Bas sont directement concernés puisque ces carburants très polluants sont principalement produits dans les raffineries et les entrepôts des négociants, situés dans les ports d’Amsterdam et de Rotterdam, où sont parfois effectués les mélanges toxiques. Dans son rapport émis il y a deux ans, l’ONG Public Eye avait proposé d’agir à plusieurs niveaux pour mettre un terme « au commerce injuste de carburants toxiques ». Elle suggérait notamment que les gouvernements européens concernés interdisent l’exportation de carburants trop dangereux pour la santé. L’enquête diligentée par l’Inspection pour l’environnement humain et les transports des Pays-Bas, qui crédibilise le constat dressé en 2016 par Public Eye, est un premier pas dans ce sens, et elle doit être présentée au Parlement hollandais. Pour le reste, Public Eye préconisait d’agir à l’échelle des États africains en fixant un seuil maximal de soufre et en instaurant des régulations plus strictes pour les autres substances nocives. D’après le Monde, qui a fait le tour des initiatives des États de la sous-région, « les choses commencent enfin à bouger ». L’un des pays concernés, le Ghana, n’importe plus que de carburants à haute teneur en soufre. Pour sa part, le Nigeria, principal importateur de pétrole de la sous-région, a instauré des limitations pour l’essence et le diesel, applicables respectivement en 2019 et en 2021. « La mise en application varie d’un pays à l’autre, en fonction des pressions des lobbys pétroliers et des risques de hausse des prix des carburants à l’importation qui se répercuterait sur le consommateur », explique le quotidien. Le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Togo, qui s’étaient engagés eux aussi à opérer des changements, n’ont toujours pas lancé de réformes. En attendant, c’est la santé des habitants de ces États qui est en jeu. Auteur: France24.fr]]>

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