Le verdict est tombé ce vendredi 27 février 2026. La cour d’appel militaire de Lomé a prononcé des sanctions plus sévères dans l’affaire de l’assassinat du colonel Bitala Madjoulba. Ce dossier hante l’armée togolaise depuis la nuit tragique du 3 au 4 mai 2020.
Le colonel Bitala Toussaint Madjoulba commandait le premier Bataillon d’intervention rapide. Il a été retrouvé mort dans son bureau au camp militaire de Lomé quelques heures après la cérémonie d’investiture du Président de la Republique d’alors, Faure Essozimna Gnassingbé. Sa disparition brutale a suscité de nombreuses interrogations sur les circonstances exactes de sa mort.
Officier réputé proche du Président du Conseil et très apprécié au sein de la troupe, le colonel Madjoulba incarnait une figure respectée de l’institution militaire. Son assassinat a profondément marqué l’opinion publique togolaise et déclenché une enquête qui a duré près de trois ans.
Le général de division Félix Abalo Kadangha reçoit la sanction la plus lourde de ce procès en appel. Ancien chef d’état-major des Forces armées togolaises de 2013 à 2020, il écope de 30 ans de réclusion criminelle et de la destitution. Cette peine représente dix années supplémentaires par rapport au jugement de première instance qui l’avait condamné à vingt ans en 2023.
La cour l’a reconnu coupable de complicité d’assassinat, de complot contre la sécurité intérieure de l’État et de complicité d’entrave au bon fonctionnement de la justice. Ces trois chefs d’accusation témoignent de la gravité des faits qui lui sont reprochés dans la mort de l’officier.
Le général Kadangha figurait parmi les gradés les plus influents de l’armée togolaise. Considéré comme un proche du Président du Conseil, son arrestation en janvier 2023 a surpris de nombreux observateurs compte tenu de sa position dans la hiérarchie militaire et de ses responsabilités passées.
Songuine Yendoukoua, chauffeur du colonel Madjoulba, a vu sa peine initiale de 15 ans alourdie de dix ans. Il écope désormais de 25 ans de réclusion criminelle et de la destitution. Les juges l’ont déclaré coupable de complicité d’assassinat et d’entrave au bon fonctionnement de la justice, mais non coupable de complot contre la sécurité intérieure de l’État.
Deux officiers supérieurs reçoivent chacun 20 ans de réclusion criminelle assortis de la destitution. Le commandant Boué Balakyeme a été reconnu coupable de complot contre la sécurité intérieure de l’État et d’entrave au bon fonctionnement de la justice. Le lieutenant-colonel Ali Kodjo a été condamné pour les mêmes chefs d’accusation, mais déclaré non coupable de complicité d’assassinat.
La première classe Akouna Lélatou, qui assurait la permanence la nuit du drame, reçoit 5 ans de réclusion criminelle et la destitution. La cour l’a jugée coupable de complicité d’assassinat mais non coupable de complot contre la sécurité intérieure de l’État et de faux témoignage. Sa peine demeure identique à celle prononcée en première instance.
Le commandant Atèkpe Kpatcha Akila-Esso bénéficie d’une peine relativement clémente. Il a été condamné à 3 ans de prison dont 12 mois avec sursis. La cour l’a déclaré coupable d’entrave au bon fonctionnement de la justice mais non coupable de complot contre la sécurité intérieure de l’État.
Le lieutenant-colonel Agbonkou Komlan Sénam sort libre de ce procès. Les juges l’ont déclaré non coupable des délits d’entrave au bon fonctionnement de la justice et d’exposition d’autrui à un risque. Il avait déjà été acquitté lors du premier procès et cette relaxe confirme son innocence.
Le procès en appel s’était ouvert le 16 février 2026 après plusieurs reports. Les audiences ont permis de réentendre les témoins et de réexaminer les éléments du dossier accumulés au fil de l’enquête. Le parquet militaire avait requis le 25 février des peines allant de 3 à 50 ans de réclusion.
Le procureur général avait estimé que les condamnations prononcées en première instance ne reflétaient pas la gravité des faits. Il avait plaidé pour un durcissement des sanctions, particulièrement à l’encontre du général Kadangha et de certains co-prévenus. Selon l’accusation, les éléments du dossier confirment l’existence d’un complot ayant conduit à la mort du colonel.
Les avocats de la défense avaient dénoncé des irrégularités de procédure et un manque de preuves suffisantes tout au long du procès. Ils avaient demandé à la cour de réexaminer les faits avec davantage de rigueur. La défense a souligné plusieurs zones d’ombre dans l’enquête et contesté vigoureusement la version de l’accusation.
Un point particulier a alimenté les débats lors des deux procès. Plusieurs témoignages évoquent l’absence de détonation entendue au sein du camp militaire la nuit du drame. La défense s’est appuyée sur cet élément troublant pour contester la thèse de l’assassinat par arme à feu au sein de la caserne.
Des experts balistiques ont été sollicités pour analyser les circonstances de la mort. Des commissions rogatoires ont permis l’audition de plusieurs militaires présents dans le camp la nuit fatidique. Le code de justice militaire a même été révisé dans le cadre de cette procédure pour renforcer les garanties judiciaires.
Les peines prononcées reflètent la volonté de la justice militaire de sanctionner sévèrement les responsabilités établies dans cette affaire. L’alourdissement des sanctions en appel traduit la gravité accordée aux faits par la cour et la nécessité de marquer fermement les esprits au sein de l’institution militaire.
Ce verdict devrait normalement mettre un terme judiciaire à cette affaire qui a secoué les casernes togolaises pendant près de six ans. Les condamnés disposent encore de la possibilité de se pourvoir en cassation s’ils estiment que la procédure a méconnu leurs droits fondamentaux.
Toutefois, une zone d’ombre majeure subsiste. L’identité de l’auteur matériel du meurtre n’a pas été clairement établie par les deux procès successifs. Cette question non résolue laisse subsister des interrogations sur les circonstances exactes du drame et sur le déroulement précis des événements dans la nuit du 3 au 4 mai 2020.
