Une centaine de journalistes, issus des régions septentrionales et d’autres localités du pays, se sont retrouvés ce vendredi 17 avril 2026 à Kara. Leur mission ne consistait pas à couvrir un événement politique ou un fait divers. Ils étaient eux-mêmes au cœur de l’actualité, conviés à décortiquer les mécanismes de l’Assurance Maladie Universelle (AMU) et son extension aux Travailleurs Non Salariés (AMU-TNS). Cette initiative, portée par les Organisations de presse du Togo en collaboration avec la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et l’Institut National d’Assurance Maladie (INAM), traduit une volonté de faire des médias des partenaires éclairés du dispositif.

Le rôle des organes d’information dans la diffusion de messages complexes auprès des populations n’est plus à démontrer. Ils opèrent cette conversion indispensable qui rend accessibles des concepts parfois abscons, facilitant par là même l’éducation collective et l’adoption de nouvelles pratiques sociales. Toutefois, pour que cette mission de vulgarisation soit menée avec la rigueur requise, un renforcement des capacités s’impose. Les modules programmés lors de cette session visent précisément à armer les participants contre les pièges de la désinformation et à affiner leur compréhension des enjeux liés à la protection sociale.
Au-delà de l’aspect technique de la formation, une préoccupation plus intime traverse les échanges. Les professionnels des médias, singulièrement ceux évoluant dans le secteur privé, ont longtemps vécu à l’écart des filets de sécurité sanitaire. Franck Missité, Directeur de Cabinet du ministère de la Communication, a relayé à cette occasion le souhait pressant de voir tous les membres de la « famille communication » accéder concrètement aux bénéfices de l’AMU. Il a qualifié cette journée de point de départ pour un engagement renouvelé en faveur de l’intégration des journalistes dans le cercle des assurés sociaux.

Cette aspiration collective est partagée par Germain Pouli, Président du Conseil National des Patrons de Presse (CONAPP). Il a évoqué la mésaventure d’un confrère, victime d’un accident de moto alors qu’il se rendait chercher un médicament pour son enfant. Une fracture sérieuse, une opération chirurgicale urgente exigée par les médecins, et soudain l’impensable. La note hospitalière frôle les deux millions de francs CFA. Face à ce mur financier, la question de l’épargne personnelle sonne comme une dérision. « Combien gagne-t-il en tant que journaliste ? Avait-il mis de l’argent de côté pour se soigner ? Non », a constaté M. Pouli avec amertume.
L’épilogue de cette histoire, il le confie à la providence, tant les recours humains semblaient inexistants. Cette anecdote, loin d’être isolée, illustre une réalité lancinante. Dans la corporation, les appels à la générosité pour secourir un membre en détresse médicale rythment trop souvent le quotidien des messageries professionnelles. L’atelier de Kara ambitionne précisément de tarir cette source d’angoisse en offrant aux acteurs des médias les clés de leur propre protection.

L’horizon ne s’arrête pas à la cité des Tisserands. Une seconde phase de formation est déjà programmée dans les jours à venir à Lomé. L’idée maîtresse consiste à démultiplier les relais compétents sur l’ensemble du territoire. Chaque participant est appelé à devenir non seulement un bénéficiaire informé, mais également un vecteur actif de sensibilisation auprès de son audience. « Notre voix, portée dans les cinq régions du pays, sera un instrument pour encourager l’adhésion massive des populations et assurer le succès de l’Assurance Maladie Universelle », a soutenu le président du CONAPP, qui trace ainsi la feuille de route d’une profession déterminée à ne plus subir la précarité en silence.
