La 38e assemblée générale annuelle d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI) tenue à Lomé a livré des résultats qui confirment la solidité retrouvée du groupe panafricain. Le directeur financier Ayo Adepoju a annoncé mercredi 3 juin que 25 des 34 filiales africaines du groupe génèrent désormais un rendement supérieur à leur coût des fonds propres. Ce chiffre contraste nettement avec la situation d’il y a 3 à 4 ans, quand seulement 15 filiales atteignaient ce seuil de création de valeur économique.
La formulation d’Adepoju précise l’enjeu de cette évolution. « Il y a trois ou quatre ans, environ 15 pays seulement généraient un rendement supérieur à leur coût des fonds propres. Aujourd’hui, environ 25 pays atteignent ce seuil », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en marge de l’assemblée générale. Il a ajouté que « à mesure que ces pays améliorent leur rendement, c’est bénéfique pour la banque, parce que cela nous protège contre l’impact du change. »
Cette distinction entre rentabilité comptable et création de valeur économique est fondamentale. Une filiale peut afficher un bénéfice comptable tout en détruisant de la valeur pour le groupe si son rendement reste inférieur au coût des fonds propres. Ce seuil varie entre 16,47 % et 30 % de rendement annuel selon les marchés, reflétant les primes de risque propres à chaque pays, selon le rapport annuel 2025 publié le 20 mai dernier.
Sur la base de ces résultats consolidés, Ecobank propose un dividende de 40 millions de dollars à ses 640 000 actionnaires. Ce versement marque la reprise de la distribution suspendue depuis 2022, quand le groupe avait choisi de préserver ses fonds propres. Ce retour au dividende après 3 ans d’abstention traduit la confiance du management dans la durabilité des performances actuelles.
Les chiffres globaux du groupe confirment cette trajectoire. Le bénéfice avant impôts 2025 a progressé de 21 % pour atteindre 801 millions de dollars. Pour 2026, le groupe vise un coût du risque ramené entre 250 et 350 points de base, contre 500 points de base en 2025. Cette amélioration attendue de la qualité du portefeuille de crédits devrait soutenir la rentabilité dans les prochains exercices.
Toutes les filiales ne participent pas encore à cette dynamique positive. 9 d’entre elles restent en dessous du seuil de création de valeur. Le rapport annuel cite la nécessité de « redonner du dynamisme au Nigeria et aux filiales sous-dimensionnées. » Ecobank Nigeria a affiché une perte avant impôts de 31 millions de dollars en 2025, après la fin par la Banque Centrale du Nigeria (CBN) d’un régime de tolérance prudentielle sur certaines créances du portefeuille pétrolier et gazier. Cette situation nigériane constitue le principal dossier de redressement sur lequel le groupe devra concentrer ses efforts.
Dans le cadre de sa stratégie dénommée « Growth, Transformation and Returns », le groupe a par ailleurs cédé en 2025 sa filiale mozambicaine à la banque malawite FDH Bank Plc après plus d’une décennie de présence locale. Cette décision illustre la discipline de portefeuille adoptée pour concentrer les ressources sur les marchés où la rentabilité durable est atteignable.
L’assemblée générale a également élu Cathia Lawson Hall comme nouvelle administratrice du groupe. Cette banquière d’affaires d’origine togolaise, ancienne responsable de la banque d’investissement Afrique chez Société Générale, renforce le conseil d’administration avec une expertise pointue des marchés financiers africains.
Ecobank, dont la maison mère est domiciliée à Lomé depuis sa création le 3 octobre 1985 sous l’égide de la CEDEAO, opère dans 34 pays africains et compte 30 millions de clients. La présence du siège du groupe dans la capitale togolaise depuis près de 4 décennies ancre Lomé comme une place financière de référence pour le continent.
