Le Togo quitte le groupe des économies à faible revenu pour rejoindre celui des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Ce classement provient du Groupe de la Banque mondiale, qui actualise chaque 1er juillet ses catégories de pays à partir du revenu national brut (RNB) par habitant, calculé selon la méthode dite de l’Atlas. L’institution répartit les économies mondiales en quatre groupes, à savoir faible revenu, revenu intermédiaire de la tranche inférieure, revenu intermédiaire de la tranche supérieure et revenu élevé. Pour l’exercice 2026, le seuil d’entrée dans la tranche inférieure des revenus intermédiaires est fixé à 1 136 dollars.
Deux facteurs expliquent ce changement de catégorie. Le premier tient à la démographie. La publication des résultats détaillés du recensement de 2022 a conduit à revoir nettement à la baisse l’estimation de la population togolaise. Le revenu par habitant se calculant en divisant la richesse nationale par le nombre d’habitants, une population révisée à la baisse relève mécaniquement ce ratio, même sans changement du revenu global du pays. Ce type d’ajustement statistique n’est pas propre au Togo. La Namibie a connu un mouvement inverse en 2024, lorsqu’une révision à la hausse de sa population, de 13,8 %, a fait reculer son RNB par habitant de 12,9 % et l’a fait redescendre dans la tranche inférieure des revenus intermédiaires.
Le second facteur relève de la performance économique proprement dite. Selon les comptes nationaux publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED), le produit intérieur brut (PIB) nominal togolais atteindrait 6 919,1 milliards de FCFA en 2025, contre 6 453,6 milliards en 2024, soit une progression nominale de 7,2 %. En volume, la croissance économique s’établirait à 6,3 % en 2025, après 6,5 % en 2024, confirmant un cycle d’expansion entamé après la période post-Covid. Cette dynamique s’était déjà confirmée trimestre après trimestre, avec une progression du PIB réel de 6,3 % au troisième trimestre 2025, après une hausse de 7,1 % au deuxième trimestre.
Le détail sectoriel montre une économie qui continue de se diversifier. Le secteur tertiaire demeure le principal moteur de la croissance, avec une contribution de 3,5 points et un taux de croissance de 7,0 %, porté notamment par les transports, l’entreposage et les services d’information et de communication. Le secteur secondaire confirme lui aussi sa dynamique, avec un taux de croissance de 7,5 % contre 7,3 % en 2024, grâce à la construction et aux industries extractives.
Cette progression s’accompagne d’une gestion budgétaire prudente. La dette publique togolaise est estimée à 65 % du PIB à fin juin 2025, en deçà du plafond communautaire de l’UEMOA fixé à 70 %. Rapportée à la population, l’activité économique nationale place le PIB par habitant proche du seuil retenu par la Banque mondiale, même si cet indicateur nominal diffère du RNB par habitant utilisé pour la classification officielle.
Avec ce mouvement, le Togo rejoint un ensemble de pays ouest-africains déjà présents dans la tranche inférieure des revenus intermédiaires. La Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal, le Bénin et la Mauritanie figurent parmi les économies de la sous-région classées dans ce groupe. Chacune s’appuie sur des moteurs distincts, entre agriculture de rente, hydrocarbures, mines ou commerce de transit.
Ce changement de catégorie ne se limite pas à un symbole statistique. La classification de revenu conditionne l’accès à l’aide publique au développement et aux financements accordés à des conditions préférentielles. Les seuils étant recalculés chaque année en fonction de l’inflation mondiale, la trajectoire du Togo continuera d’être observée lors des prochaines révisions de la Banque mondiale.
