Présentée le 29 septembre comme la révélation d’une rencontre susceptible de mettre en cause des intérêts béninois, l’affaire a fait l’objet d’une mise au point dès le lendemain. Le Béninois Libéré y reconnaît des insuffisances dans son premier traitement et précise ne disposer d’aucun élément établissant une connaissance ou une implication des autorités togolaises.
Le 29 septembre, Le Béninois Libéré publiait un récit faisant état d’une rencontre qui se serait tenue dans une zone militaire de la périphérie de Lomé. Le quotidien y mettait en relation plusieurs personnes présentées comme liées à des projets susceptibles de porter atteinte aux intérêts béninois, un haut gradé de l’armée togolaise et un membre de l’opposition béninoise. Le récit ouvrait alors explicitement la question d’une éventuelle connaissance de ces activités par les autorités togolaises.
Le lendemain, la même publication revenait sur la portée de son premier article. Dans une mise au point datée du 30 septembre, la rédaction indique avoir procédé à de nouvelles vérifications et reconnaît que son précédent traitement avait été « insuffisamment rigoureux » dans l’identification et la présentation des personnes concernées. Elle précise surtout ne disposer d’aucun élément permettant d’affirmer que les autorités togolaises avaient connaissance des agissements décrits ou y étaient associées.
La différence entre les deux textes porte donc sur la portée attribuée à la rencontre. Le premier récit établissait un rapprochement entre la présence supposée d’un haut responsable militaire togolais et la possibilité d’une connaissance de l’affaire par les autorités du pays. La mise au point du 30 septembre indique, elle, qu’aucun élément ne permet d’établir cette association. Cette précision modifie une composante centrale de la lecture initialement proposée aux lecteurs.
Dans sa mise au point, Le Béninois Libéré précise par ailleurs que sa démarche consistait à porter à la connaissance du public béninois des activités attribuées à certains ressortissants béninois, et non à mettre en cause les autorités togolaises. La rédaction renouvelle ses excuses au Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, aux autorités togolaises et au peuple togolais.
La chronologie des deux publications place ainsi la vérification journalistique au centre de l’épisode. Dans un dossier mettant en relation des acteurs politiques, militaires et un État voisin, l’identification précise des personnes, le recoupement des informations et la séparation entre faits établis et hypothèses d’implication constituent des éléments déterminants. La mise au point reconnaît précisément qu’une prudence supplémentaire aurait été nécessaire avant la publication du premier récit.
L’écart entre les deux versions illustre aussi la nécessité de distinguer une information rapportée comme un fait d’une implication déduite de cette information. La tenue supposée d’une réunion et l’identité des participants constituent une première série d’allégations. La connaissance ou l’association des autorités togolaises relève d’une autre question, qui exige des éléments distincts. Sur ce second point, le journal reconnaît désormais ne pas disposer d’éléments permettant de l’établir.
Le cadre déontologique béninois fixe lui-même des exigences en matière de vérification. L’article 22 du Code de déontologie des médias prévoit que le journaliste doit vérifier les informations avant leur publication et recommande leur recoupement auprès de plusieurs sources crédibles. L’article 21 rappelle, pour les médias en ligne, que la rapidité de diffusion ne saurait se substituer aux exigences d’exactitude et de véracité.
Il reste à espérer que Le Béninois Libéré tirera les enseignements de cet épisode et renforcera ses exigences de vérification, de recoupement et d’exactitude, afin que de telles mises en cause, susceptibles de porter atteinte à la réputation de personnes ou d’institutions, ne se reproduisent pas.
